Thinkmates Portrait
Rupert Sheldrake

Biologiste et explorateur des limites de la science

Rupert Sheldrake

1942 –

Pensée historique
La nature a peut-être une mémoire.
Paraphrase fondée sur les œuvres

Naissance

28 juin 1942, Newark-on-Trent (Angleterre)

Mort

Vivant

Spécialités

Résonance morphiqueBiologieMémoire de la natureAnimauxScience alternativeConscience

Rupert Sheldrake est un biologiste anglais formé à Cambridge, qui a très tôt quitté les rails de la biologie officielle pour poser une question intrigante : et si la nature avait une mémoire ? Avec sa théorie de la « résonance morphique », il suggère que les formes et les comportements du vivant — un cristal qui se forme, un oiseau qui apprend un chant, une habitude humaine — se transmettent à travers des champs invisibles, en plus des gènes.

Il a aussi étudié sérieusement des choses que la science snobe : le sentiment d'être regardé, les animaux qui savent quand leur humain rentre. Adoré par certains, critiqué par d'autres, il défend surtout une science plus ouverte, qui ose enquêter au lieu de présumer.

« La nature a peut-être une mémoire. »

— Rupert Sheldrake

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Qui est Sheldrake ?

Rupert Sheldrake, né en 1942, est un biologiste britannique connu pour son hypothèse de la « résonance morphique », selon laquelle les systèmes naturels hériteraient d’une mémoire collective. Il étudie aussi des phénomènes présumés comme la télépathie et le sentiment d’être regardé. Ses propositions restent controversées et ne sont pas reconnues comme scientifiquement établies.

Biographie

Rupert Sheldrake naît le 28 juin 1942 à Newark-on-Trent, dans le Nottinghamshire, en Angleterre. Il étudie les sciences naturelles au Clare College de l’université de Cambridge, puis l’histoire et la philosophie des sciences à Harvard grâce à une bourse Frank Knox. Revenu à Cambridge, il obtient un doctorat en biochimie en 1967. Ses premières recherches portent sur la physiologie végétale, notamment le développement des plantes et le rôle des hormones végétales.

De 1967 à 1973, il est chercheur et fellow du Clare College. Entre 1974 et 1978, il travaille comme physiologiste des plantes à l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides, l’ICRISAT, près d’Hyderabad, en Inde. Ce séjour nourrit également sa réflexion philosophique et religieuse. Il fréquente notamment l’ashram chrétien de Bede Griffiths, au Tamil Nadu, où il rédige une partie de son premier ouvrage théorique.

En 1981, il publie A New Science of Life, dans lequel il propose l’hypothèse de la causalité formative et de la résonance morphique. Il suppose que les formes et les comportements de systèmes passés influencent ceux de systèmes ultérieurs similaires par un mécanisme distinct de l’hérédité génétique et des interactions physiques connues. L’ouvrage suscite immédiatement une forte controverse, notamment dans la revue Nature. Cette hypothèse ne devient pas un cadre reconnu de la biologie du développement.

Sheldrake développe ensuite sa conception d’une mémoire de la nature dans The Presence of the Past, paru en 1988. Avec Seven Experiments That Could Change the World, en 1994, il encourage la réalisation d’expériences accessibles à des non-spécialistes. Ses livres Dogs That Know When Their Owners Are Coming Home, publié en 1999, et The Sense of Being Stared At, en 2003, présentent des observations et des expériences sur les capacités inhabituelles supposées des animaux et sur les rapports entre perception, attention et environnement.

Dans The Science Delusion, paru en 2012, il critique plusieurs présupposés qu’il attribue à la science contemporaine, en particulier le matérialisme et l’idée de lois naturelles immuables. Science and Spiritual Practices, publié en 2017, porte sur les pratiques spirituelles et leurs effets possibles sur l’existence. Auteur et conférencier indépendant, Sheldrake occupe une place importante dans les débats publics sur les frontières de la science, mais ses principales hypothèses alternatives restent dépourvues de validation indépendante robuste et consensuelle.

Œuvres principales

  • A New Science of Life — 1981

    Présente l’hypothèse de la causalité formative, selon laquelle des champs morphiques et une résonance avec les systèmes antérieurs contribueraient à organiser les formes naturelles.

  • The Presence of the Past: Morphic Resonance and the Habits of Nature — 1988

    Développe l’idée que les régularités naturelles pourraient être des habitudes accumulées plutôt que l’expression exclusive de lois intemporelles.

  • Seven Experiments That Could Change the World — 1994

    Propose des recherches relativement peu coûteuses destinées à tester des phénomènes que l’auteur estime négligés, notamment certaines capacités supposées des animaux.

  • Dogs That Know When Their Owners Are Coming Home — 1999

    Rassemble des témoignages, des observations et des expériences sur les liens présumés entre les animaux domestiques et leurs propriétaires.

  • The Sense of Being Stared At — 2003

    Examine le sentiment d’être observé et défend l’hypothèse d’un esprit dont l’activité ne serait pas entièrement confinée au cerveau.

  • The Science Delusion — 2012

    Conteste dix présupposés que Sheldrake attribue à la vision scientifique dominante et invite à les transformer en questions expérimentales.

  • Science and Spiritual Practices — 2017

    Explore plusieurs pratiques spirituelles en associant traditions religieuses, expérience personnelle et recherches sur leurs effets psychologiques ou physiologiques.

Concepts fondamentaux

  • Résonance morphique

    Hypothèse selon laquelle un système naturel serait influencé par des systèmes antérieurs similaires, sans transmission matérielle ou génétique connue. Ce mécanisme n’est pas scientifiquement établi.

  • Champs morphiques

    Champs organisateurs supposés qui structureraient les organismes, les comportements et certains ensembles sociaux. Ils ne doivent pas être confondus avec les champs physiques mesurés ni avec les usages ordinaires du terme « champ » en biologie du développement.

  • Causalité formative

    Cadre théorique proposé pour expliquer l’organisation des formes par des champs morphiques et leur mémoire cumulative. Il entend compléter les mécanismes physicochimiques et génétiques, mais sa contribution explicative n’a pas été démontrée.

  • Mémoire de la nature

    Idée que le passé des systèmes naturels pourrait influencer directement leur organisation présente par-delà les traces matérielles connues. Chez Sheldrake, cette mémoire dépasse celle des cerveaux, des gènes ou des archives physiques.

  • Habitudes naturelles

    Interprétation des régularités de la nature comme des habitudes renforcées par la répétition. Sheldrake oppose cette conception évolutive à celle de lois universelles fixées une fois pour toutes.

  • Esprit étendu

    Hypothèse selon laquelle l’activité mentale pourrait s’étendre au-delà du cerveau et agir à distance. Cet usage ne se confond pas avec la thèse philosophique de l’esprit étendu fondée sur le rôle des outils et de l’environnement dans la cognition.

  • Télépathie animale

    Interprétation proposée par Sheldrake pour certains comportements d’anticipation observés chez les animaux domestiques. Elle reste controversée et doit être distinguée des explications par l’apprentissage, les signaux sensoriels et les habitudes.

Rupert Sheldrake et la biologie

Sheldrake part d’une question réelle de la biologie : comment un organisme acquiert-il sa forme et coordonne-t-il son développement ? Sa formation et ses premiers travaux relèvent de la physiologie végétale expérimentale. Il considère cependant que les mécanismes moléculaires ne suffisent pas à rendre compte de l’organisation du vivant et propose une causalité formative supplémentaire.

La biologie contemporaine étudie cette organisation à travers les réseaux de régulation génétique, la signalisation cellulaire, les contraintes mécaniques et les interactions avec l’environnement. L’existence de questions encore ouvertes ne constitue pas une preuve des champs morphiques : ceux-ci doivent produire des prédictions discriminantes et recevoir une confirmation expérimentale propre.

Rupert Sheldrake et la mémoire

Dans sa théorie, la mémoire n’est pas uniquement une propriété des organismes dotés d’un système nerveux. La formation des cristaux, le développement des êtres vivants et l’apprentissage pourraient tous bénéficier de la répétition de processus similaires dans le passé. La résonance morphique constituerait ainsi une mémoire distribuée de la nature.

Cette proposition se distingue des transmissions connues par les gènes, les modifications épigénétiques, l’apprentissage social ou les traces matérielles. Pour l’établir, il faudrait montrer un effet que ces mécanismes ne peuvent expliquer, puis le reproduire indépendamment dans des conditions contrôlées.

Rupert Sheldrake et la conscience

Sheldrake conteste l’idée que l’esprit soit intégralement localisé dans le cerveau. Ses recherches sur le sentiment d’être regardé et sur la télépathie supposée cherchent à mettre en évidence des relations mentales qui dépasseraient les canaux sensoriels ordinaires.

Ces expériences soulèvent des difficultés de contrôle de l’information, de randomisation et d’analyse statistique. Les résultats positifs rapportés par Sheldrake ne constituent pas une démonstration reconnue d’une conscience extracérébrale. L’existence de débats philosophiques sur la conscience ne valide pas à elle seule les mécanismes qu’il propose.

Rupert Sheldrake et la méthode scientifique

Sheldrake défend une science ouverte à des questions inhabituelles et encourage les expériences participatives. Il souhaite que des phénomènes ordinaires rapportés par le public puissent devenir des objets d’enquête plutôt que d’être écartés d’emblée. The Science Delusion présente cette démarche comme une critique du dogmatisme matérialiste.

Ses critiques lui reprochent de présenter certaines positions scientifiques de manière trop uniforme et d’attribuer trop vite les résultats inexpliqués à ses hypothèses. L’ouverture à une question et l’acceptation d’une réponse sont deux exigences distinctes : étudier un phénomène est légitime, mais conclure à un mécanisme nouveau nécessite des preuves robustes.

Rupert Sheldrake et la spiritualité

Son séjour en Inde et sa rencontre avec Bede Griffiths contribuent à son intérêt pour le dialogue entre christianisme, traditions contemplatives et science. Dans ses ouvrages consacrés aux pratiques spirituelles, il examine notamment la méditation, la gratitude, les rituels et le pèlerinage.

Il cherche à articuler expérience spirituelle et investigation empirique. Il faut toutefois distinguer les effets psychologiques ou physiologiques mesurables d’une pratique des interprétations métaphysiques qui l’accompagnent : constater un bénéfice ne démontre ni la résonance morphique ni une doctrine religieuse.

Controverses et limites

  • Une hypothèse sans validation indépendante robuste

    Depuis A New Science of Life, la résonance morphique est critiquée pour l’absence de mécanisme mesurable établi et pour la difficulté à isoler ses prédictions de celles des explications ordinaires. Sheldrake propose des tests et considère certains résultats comme favorables, mais ceux-ci n’ont pas constitué un ensemble de confirmations indépendantes suffisamment robuste pour faire accepter sa théorie. En 1981, John Maddox publie dans Nature la critique « A book for burning? », dont le titre provocateur devient lui-même un sujet de controverse.

  • Les expériences sur le chien Jaytee

    Sheldrake et Pamela Smart ont étudié Jaytee, un chien présenté comme capable d’anticiper le retour de sa propriétaire. Richard Wiseman, Matthew Smith et Julie Milton ont publié en 1998 des essais qu’ils interprètent comme ne confirmant pas cette capacité. Sheldrake a contesté leurs critères d’évaluation et leur lecture des données ; ses travaux avec Smart, publiés notamment en 2000, défendent une interprétation différente. Le désaccord souligne l’importance de critères définis à l’avance, du contrôle des indices ordinaires et des réplications indépendantes.

  • La critique du matérialisme ne suffit pas à établir une autre théorie

    Dans The Science Delusion, Sheldrake rassemble dix propositions qu’il présente comme des dogmes de la science moderne. Des critiques, notamment Steven Rose dans son compte rendu pour The Guardian en 2012, contestent sa représentation des positions scientifiques et la force des arguments avancés. Une limite centrale est logique : montrer qu’une explication scientifique demeure incomplète ne démontre pas que les champs morphiques, la télépathie ou une mémoire non matérielle existent.

  • La controverse TEDx de 2013

    Après une intervention à TEDxWhitechapel en 2013, TED retire la conférence de Sheldrake de sa chaîne YouTube TEDx à la suite d’objections scientifiques, tout en la rendant accessible sur son propre site dans un espace de discussion. Sheldrake et ses soutiens dénoncent une forme de censure ; TED invoque ses exigences relatives à la qualité scientifique. L’épisode documente un conflit sur la sélection éditoriale et la présentation publique des connaissances, mais ne constitue ni une réfutation expérimentale ni une validation des thèses exposées.

Influence et postérité

Sheldrake a contribué à populariser les expressions « résonance morphique » et « mémoire de la nature » auprès de lecteurs intéressés par la philosophie de la nature, la parapsychologie et les rapports entre science et spiritualité. Ses dialogues avec Terence McKenna et le mathématicien Ralph Abraham ont également nourri des échanges sur l’évolution, la créativité et la conscience en dehors des cadres universitaires dominants.

Son influence culturelle est plus marquée que l’adoption de ses hypothèses dans la recherche scientifique institutionnelle. La résonance morphique n’est pas devenue un outil reconnu de la biologie ou des neurosciences. Son parcours reste néanmoins un cas important pour réfléchir aux rapports entre recherche marginale, liberté d’exploration, exigences de preuve et communication scientifique.

Questions fréquentes

Rupert Sheldrake est-il réellement biologiste ?

Oui. Il possède un doctorat en biochimie de Cambridge et a mené des recherches en physiologie végétale, notamment à Cambridge et à l’ICRISAT en Inde. Cette formation ne garantit toutefois pas la validité de ses hypothèses ultérieures.

Qu’est-ce que la résonance morphique ?

C’est l’hypothèse selon laquelle des systèmes naturels seraient influencés par des systèmes similaires ayant existé auparavant. Sheldrake y voit une mémoire collective de la nature, distincte des transmissions matérielles connues. Son existence n’a pas été établie scientifiquement.

La résonance morphique est-elle une théorie quantique ?

Non : elle ne découle pas des équations reconnues de la mécanique quantique. Les rapprochements avec la non-localité quantique ne démontrent ni une mémoire de la nature ni la télépathie. Ces propositions nécessitent leurs propres preuves expérimentales.

Les chiens savent-ils vraiment quand leur propriétaire va rentrer ?

Ils peuvent anticiper un retour grâce aux routines, aux sons, aux odeurs et à l’apprentissage. Sheldrake soutient que certains cas dépassent ces explications, mais ses conclusions sont contestées. Aucune capacité télépathique canine n’est scientifiquement établie.

A-t-il prouvé que l’on peut sentir un regard posé sur soi ?

Non. Il rapporte des résultats qu’il interprète comme favorables, mais leur robustesse et leur interprétation font débat. Établir une perception sans indice sensoriel demanderait des résultats reproductibles obtenus avec des contrôles stricts.

Rupert Sheldrake rejette-t-il la science ?

Il se présente au contraire comme un défenseur de l’enquête expérimentale, opposé à ce qu’il considère comme des présupposés dogmatiques. Le désaccord porte surtout sur la qualité des preuves, les interprétations proposées et sa représentation de la science contemporaine.

Quelle place la religion occupe-t-elle dans sa pensée ?

Sheldrake se rattache à la tradition chrétienne et s’intéresse à plusieurs traditions contemplatives. Il cherche à rapprocher pratiques spirituelles et recherche empirique. Ses convictions religieuses doivent être distinguées du statut scientifique de ses hypothèses.

Par quel livre commencer ?

A New Science of Life expose son hypothèse fondatrice, tandis que The Presence of the Past la développe. The Science Delusion présente plus directement sa critique de la vision scientifique dominante. Il est utile de confronter ces ouvrages à des critiques scientifiques et à des travaux de biologie du développement.

Pour aller plus loin

  • Rupert Sheldrake, A New Science of Life, 1981 : présentation initiale de l’hypothèse de la causalité formative.
  • Rupert Sheldrake, The Presence of the Past: Morphic Resonance and the Habits of Nature, 1988.
  • Rupert Sheldrake, The Science Delusion, 2012 ; publié aux États-Unis sous le titre Science Set Free.
  • John Maddox, « A book for burning? », Nature, volume 293, 1981, p. 245-246 : critique contemporaine du premier ouvrage.
  • Richard Wiseman, Matthew Smith et Julie Milton, « Can animals detect when their owners are returning home? An experimental test of the ‘psychic pet’ phenomenon
  • Rupert Sheldrake et Pamela Smart, « A dog that seems to know when his owner is coming home: videotaped experiments and observations », Journal of Scientific Exp
  • Steven Rose, compte rendu critique de The Science Delusion, The Guardian, 2012.
  • Site officiel de Rupert Sheldrake : bibliographie, articles et présentation de ses recherches ; source primaire reflétant le point de vue de l’auteur.

Découvrir

  • La nature a-t-elle une mémoire ?

    Avec Rupert Sheldrake, Henri Bergson, Charles Darwin — « Comment distinguer une mémoire supposée de la nature des effets de l’hérédité, de l’évolution et de l’apprentissage ? »

  • La conscience dépasse-t-elle le cerveau ?

    Avec Rupert Sheldrake, Anil Seth, David Chalmers, Stanislas Dehaene — « Quelle expérience permettrait de départager une conscience extracérébrale et une explication fondée sur l’activité du cerveau ? »

  • Explorer sans renoncer aux preuves

    Avec Rupert Sheldrake, William James, Carl Gustav Jung — « Comment enquêter sur des expériences inhabituelles sans les rejeter d’avance ni prendre les témoignages pour des démonstrations ? »

  • Forme, organisation et causalité

    Avec Rupert Sheldrake, Gregory Bateson, Karl Friston — « Qu’ajouteraient des champs morphiques aux explications du vivant par les interactions, l’information et l’auto-organisation ? »

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